Etre libre, c'est aussi consentir à ce que nous n'avons pas choisi

 

Si l'exercice de la liberté comme choix entre différents possibles a bien sûr son importance, il est capital cependant, sous peine de s'exposer à de douloureuses désillusions, de comprendre qu'il existe aussi une autre manière d'exercer sa liberté, moins exaltante de prime abord, plus pauvre, plus humble, mais bien plus courante en fin de compte, et qui est d'une fécondité humaine et spirituelle immense : non seulement choisir, mais aussi consentir à ce que nous n'avons pas choisi.

Nous voudrions mettre en évidence combien cette forme d'exercice de la liberté est importante. L'acte le plus haut et le plus fécond de la liberté humaine réside davantage dans l'accueil que dans la domination. L'homme manifeste la grandeur de sa liberté quand il transforme la réalité, mais plus encore quand il l'accueille avec confiance telle qu'elle lui est donnée jour après jour.

Il est naturel et facile d'accueillir ces situations qui, sans que nous les ayons choisies, se présentent dans notre vie sous un aspect agréable et plaisant. Le problème se pose évidemment face à tout ce qui nous déplaît, nous contrarie, nous fait souffrir. Mais c'est justement dans ces domaines que nous sommes souvent appelés, pour devenir vraiment libres, à « choisir » ce que nous n'avons pas voulu, et dont parfois même nous n'aurions voulu à aucun prix. Il y a là une loi paradoxale de l'existence : on ne peut devenir vraiment libre que si on accepte de ne pas toujours l'être !

Voici donc le point que nous allons développer maintenant, et qui est d'une grande importance: qui veut accéder à une vraie liberté intérieure doit s'entraîner à accepter paisiblement et de bon gré bien des choses qui semblent contredire sa liberté. Consentir à ses limites personnelles, ses fragilités, ses impuissances, à telle ou telle situation que la vie lui impose, etc. Nous avons du mal à le faire, car nous avons spontanément horreur des situations dont nous n'avons pas le contrôle. Mais la vérité est celle-ci : les situations qui nous font vraiment grandir sont justement celles que nous ne maîtrisons pas.

 

Jacques Philippe, La liberté intérieure (Ed.des Béatitudes) p.25sq