Graphologie

 

"La graphologie est l'étude du caractère par l'écriture"

        Crépieux-Jamin


 

 

DE L'INFINIE DIVERSITÉ DES ÉCRITURES

« Le point de départ de la graphologie est le modèle calligraphique dont l'imitation s'accompagne de différences individuelles allant toujours en augmentant à mesure que l'écriture devient plus spontanée. A la faveur des mouvements variés que nécessite la formation des lettres, chacun trace, à son insu, une réduction de ses gestes préférés et révèle ainsi son tempérament et son caractère.

La diversité des écritures est prodigieuse. Il a été démontré qu'elle dépasse tout ce que l'on peut imaginer. Le seul tracé d'un bâton produit au moins huit milliards cinq cent quarante-neuf millions de variétés.

(...)

Si l'on calcule les nuances possibles des 62 lettres et chiffres conjugués de notre alphabet, en accordant à chaque tracé un nombre de variétés égal à celui que nous avons accordé au chiffre 1, nous obtenons un 1 suivi de dix-sept cents zéros. Cependant, ce résultat formidable que notre imagination ne parvient pas à concevoir, est fort au-dessous de la réalité...

(...)

II n'y a donc aucune chance de rencontrer jamais une écriture absolument identique à une autre, puisque les possibilités de variations de tracés sont infinies.

Chacun pourra, dans une certaine mesure, vérifier expérimentalement ces résultats mathématiques en recueillant un grand nombre d'une ou de plusieurs sortes de majuscules. Le M est peut-être la lettre la plus aisée à récolter en masse à cause des mots Mon, Ma, Monsieur, Madame, Marie, d'un usage cons­tant. (...)

Le résultat de ces expériences causera quelque surprise aux collectionneurs, même après les révélations qui viennent d'être faites ; ils pourront accumuler 1 000, 10 000 ou 100 000 spécimens d'une même majuscule sans jamais en rencontrer une identique à une autre.

L'infinie diversité des écritures est la conséquence de l'infinie diversité des caractères. Aucune écriture ne ressemble complètement à une autre ; il n'y a pas de meilleure preuve de la possibilité de la science graphologique. »

 

J. Crépieux-Jamin, ABC de Graphologie, p.1sq (PUF 1990)

 

 

LES CAUSES DE LA DIVERSITE DES ECRITURES

 

Ce n'est pas non plus le geste que nous devons envisager pour commencer, mais le caractère de l'écriture et ses causes : le matériel employé, papier, support de papier, encre, plume, stylo-graphe, crayon, etc. Ensuite le geste, dont les causes sont elles-mêmes : 1° musculaires, 2° d'influence motrice et sensorielle, 3° psychiques, 4° physiques, comme la presbytie et la myopie, etc.

L'idéal serait, avant de parler de la signification des signes graphiques, de pénétrer toutes les causes, ce qui permettrait de distinguer nettement leurs influences.

Le geste lui-même a pour causes : 1° les os et les muscles, 2° les nerfs, 3° les dispositions psychiques, 4° les influences physiques : fatigue, chaud, froid, gêne, souffrance, etc.

C'est de la variété et de la complexité des causes que nous avons déduit la loi de la variabilité et de la contingence des significations. Des causes diverses produisant des effets semblables, il en résulte qu'un même signe graphologique peut avoir, selon les cas, des significations diverses.

(...)

La preuve la plus aisément vérifiable de la diversité des causes est que, au cours des années et même dans l'espace d'un seul jour, nous écrivons différemment. Cependant nos écarts de formes et de mouvements sont contenus dans des limites assez étroites pour ne pas altérer profondément l'allure générale de notre écriture ; si bien qu'à travers l'expression des causes variées, notre formule graphique n'est pas assez modifiée pour empêcher nos parents et amis de la reconnaître. N'exagérons donc pas l'importance des variations : elles n'ont que celle d'une entrave à réduire.

La stabilité de l'écriture est plus grande chez les lymphatiques et les bilieux que chez les nerveux et les sanguins, parce que ces derniers, beaucoup plus émotifs, sont impressionnés par des causes plus nombreuses. Mais, tous les jours, chaque individu subit les effets d'une contrariété ou d'une agitation acci­dentelle, du chaud ou du froid, de la station assise ou debout, du changement de plume, etc., etc. Afin d'éviter les erreurs d'appréciation qu'il redoute, le graphologue demande un second document ; tout va bien si le second document confirme le premier, sinon le voici arrêté par un nouveau doute. Où est la constante de l'écriture ? Elle est quelquefois dans l'instabilité foncière qui, à son tour, résulte de causes variées. Voilà pourquoi la graphologie est difficile et même impraticable pour les personnes dénuées de souplesse d'esprit.

 

Crépieux-Jamin, op.cit. p.3

 

 


UN MOT SUR L'INTERPRÉTATION DES SIGNES

 

On recherche la signification d'un trait de l'écriture en le considérant comme un mouvement physiologique et en le mettant en rapport de qualité, d'étendue, de constance et d'énergie avec le mouvement psychologique correspondant.

Les signes graphologiques ont une valeur relative, parce que le même mouvement peut être déterminé par des causes diverses.

Tout l'art du graphologue est dans ceci : discerner entre plusieurs significations possibles la plus convenable par rapport au milieu, la plus sûre logiquement, la plus nécessaire psychologiquement.

 

Nos mouvements sont des réponses à diverses excitations. Au geste constant de l'écriture correspond une marque constante du caractère ; au geste intermittent correspond une marque intermittente de l'esprit. Le rapport entre la cause et l'effet n'est pas toujours subtil ; la conformité de qualité crée des analogies d'expression qui, dans bien des cas, suppriment toute hésitation : une écriture claire dit un esprit clair, une écriture confuse un esprit confus ; les tracés grossiers, compliqués, exagérés, expriment la grossièreté, la complication, l'exagération, etc. Mais cette graphologie élémentaire ne conduit pas très loin, elle fournit quelques mots, toujours les mêmes, sans orientation.

C'est ici qu'apparaît l'efficacité de la notion de synthèse.

Apprendre la graphologie, c'est se familiariser avec les causes des variétés de l'écriture et leurs significations ; la savoir, c'est l'envisager continuellement à travers ses conceptions synthétiques, dans sa substance profonde, sous la protection des grandes idées que réalisent la multitude de ses petites manifes­tations : l'inorganisation des tracés ou leur heureuse combinaison, l'harmonie, ou l'inharmonie, la grossièreté ou la distinction, l'ordre ou le désordre, l'exagération ou la mesure, la clarté ou la confusion, la simplicité ou la complication, la mollesse ou la fermeté, la lenteur ou la vitesse, la continuité ou la discontinuité, l'inégalité ou la monotonie, l'inhibition ou la dynamogénie. Si ce n'est pas tout, l'essentiel est là.

 

Crépieux-Jamin, op.cit. p.35