Historique




La recherche de la connaissance de l'homme à travers les traits de son visage ou la constitution de son corps tout entier remonte aux siècles les plus anciens, bien que passant par des modes différents selon les traditions dans lesquelles elle se rencontrent.

 

Dans les continents d'Afrique, d'Amérique du Sud, d'Asie ou d'Océanie, l'usage rituel des masques est une manière, déjà, de revêtir les individus d'un rôle par le port d'un visage d'emprunt représenté avec des traits particuliers évoquant un caractère ou une fonction. Cette coutume immémoriale repose bien sur la connaissance intuitive ou expérimentale que tel comportement se manifeste par tel type de visage ou tel genre de traits.

 

La représentation artistique des divinités passe elle aussi par le même principe d'adéquation de l'aspect physique avec les attributs ou fonctions dont elles sont les titulaires.

 

Bien d'autres coutumes ou traditions vont dans le même sens et reposent sur cette évidence que le corps exprime l'esprit, ou que l'aspect physique est en lien étroit avec la vie psychologique.

 

Plus proche de nos contrées, nous trouvons en Mésopotamie :

 

L'ANTIQUITE SUMERIENNE (4000 av.J.C.) :

origine des 8 types mythologiques qui sont encore aujourd'hui des points de repères psychologiques ; représentés par des noms de planètes, ils figurent des traits majeurs de comportement correspondant aux principes ou divinités demeurant dans ces planètes : ces planètes étant la demeure des dieux correspondants.

 

L'ANTIQUITE GRECQUE (V°s. av. J.C.) :

Les tempéraments sont mis en relation avec des éléments physiologiques. Hippocrate.

 

La prédominance de telle ou telle des quatre « humeurs » de notre corps : le sang, la lymphe, la bile et l'atrabile, détermine tel ou tel tempérament qui se reconnaîtra par des traits physiques particuliers, ainsi que des traits psychologiques qui lui correspondront.

 

Signalons aussi Aristote qui, dans son Traité de l'âme, distingue trois principes de vie qu'il appelle âme végétative (propre à la plante), âme sensitive (propre à l'animal), âme raisonnable ou intellective (propre à l'homme) : l'homme est homme grâce à la présence de cette âme intellective, mais est animé aussi par la végétative et la sensitive : nous retrouvons ces modes de vie exprimés dans le visage.

 

L'âme et le corps sont en étroite relation ontologique et forment ensemble une personne une et non divisible.

« Ce qui est durable dans la forme exprime ce qui est immuable dans la nature de l'être, ce qui est mobile et fugace dans cette forme exprime ce qui, dans cette nature, est contingent et variable. » Aristote

 

A partir du X° SIECLE, LES ARABES reprennent ces traditions en y ajoutant des données astrologiques : le visage exprime le caractère, mais on y peut lire aussi la destinée. Cette connaissance jouit alors d'une grande estime, les rois et les chefs y font appel pour être conseillés dans leurs choix.

 

C'est au XVIe siècle que la physiognomonie prend ses lettres de noblesse, en partie grâce aux ouvrages illustrés de Bartolomeo della Rocca (Chiromantie ac Physionomie anastasis), ouvrages qui seront encore édités au XVII° s.

 

Les artistes sont influencés par la physiognomonie, et particulièrement Léonard de Vinci qui écrit :

« les traits du visage manifestent en partie la nature des hommes, leurs vices et leurs complexions ».

 

Un ouvrage de grande importance est publié à la fin du siècle par Giovanni Battista della Porta, De Humana Physiognomia (Naples,1586) : il sera édité jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Synthèse des connaissances antérieures qui évacue l'aspect divinatoire, ajoute l'observation du choix du vêtement comme révélateur de l'âme et insiste particulièrement sur les analogies animales.

 

Le XVII° siècle marqué par les ?uvres de Charles Le Brun, Premier Peintre de Louis XIV.

 

Très convaincu par la physiognomonie traditionnelle dont il a défendu la théorie (conférence devant l'Académie royale de peinture et sculpture en 1671), mais aussi la pratique par ses travaux sur l'expression des passions dans le visage humain. Il s'inspire pour cela du Traité des Passions de Descartes et de l'ouvrage de Marin Cureau de La Chambre, médecin et conseiller du roi : Les Charactères des passions.

 

XVIII°s. : Lavater, Essai sur la Physiognomonie (La Haye, 1781-1803), aura une influence déterminante jusqu'à la fin du XIX° s.

 

Il fonde sa théorie sur la certitude que tous les êtres, dans l'univers, ont un aspect extérieur qui révèle leur intériorité, et que le moyen privilégié pour connaître est la connaissance par les sens. On doit donc chercher à connaître nos semblables par ce moyen de l'observation et de l'analyse des traits de son visage, afin de mieux les comprendre et les aider, et à être plus juste en n'exigeant pas d'eux ce qu'ils ne peuvent donner.

 

Les écrivains et Lavater

Lavater a eu une grande influence sur les écrivains.

 

En Allemagne, il faut citer Goethe, (ami et collaborateur de Lavater), Novalis, Schopenhauer... En France, Diderot traduit l'ouvrage de Lavater et l'admire. Il faut citer aussi Madame de Staël, Senancour, Chateaubriand, George Sand, Stendhal, Balzac (a mentionné Lavater plus de cent fois dans la Comédie humaine) , Baudelaire, Eugène Sue, Flaubert (pour lequel l'art de décrire et raconter est une activité de physiognomoniste), Zola, Thomas Hardy, Henry James.

 

C'est tout le roman anglais, allemand et français, qui sera influencé par la physiognomonie : les descriptions précises des personnages sont faites dans le sens d'introduire à la présentation et à la connaissance de leur caractère.

 

Notons aussi l'influence de la physiognomonie dans l'art de la caricature zoomorphique, florissant au XIXe siècle : cf Daumier, et continuant encore aujourd'hui.

 

Le cinéma utilise lui aussi largement les connaissances physiognomonistes.

 

EPOQUE MODERNE.

Différentes théories font reposer l'étude du caractère sur des données dorporelles ou physiologiques, ainsi Kretschmer ou Sheldon ; la PLN fait référence elle aussi à des données du même genre.

 

Le docteur Louis Corman, quant à lui, s'applique à faire correspondre les lois générales de la dilatation et de la rétraction à l'étude particulière du visage.

 

(Une grande partie de ces renseignements est tiré de l'encyclopédie Universalis.)